ARCHEOLOGIE SOUS-MARINE

 

Introduction:

 

Il existe au fond des mers et des océans un patrimoine commun à l'humanité toute entière : les innombrables vestiges culturels, historiques et archéologiques des très nombreux navires qui ont fait naufrage.

Doublons d'or espagnols ou ducats hollandais, lingots d'or des mines du Pérou, lingots d'argent des mines de Bolivie ou du Mexique, émeraudes aztèques et porcelaines fines chinoises : un tiers des trésors recensés sur notre globe dort encore au fond de la mer dans les épaves des galions espagnols, des caraques portugaises, des navires des Compagnies des Indes, des jonques chinoises ou des vapeurs du début du siècle.

Certains spécialistes affirment que 40% des métaux précieux extraits par l'homme depuis l’Antiquité reposent sous la mer. Un pactole à la dimension de la planète.

 

"La mer est considérée comme le plus grand musée du monde ! " (Erick SURCOUF).

 

 

Historique:

 

La saga des chercheurs sous la mer, les "wreckers" (comme les appellent les Anglais) a commencé au début du 16e siècle, à l'époque où l'expansionnisme colonial européen ne connaissait plus de limites.
A l'ouest, les Espagnols découvrirent le Nouveau Monde et ses richesses fabuleuses qui, jusqu'au début du 19e siècle, furent rapatriées par les célèbres "flotas" de galions partis de Séville.

Au sud et à l'est, dans le sillage de Vasco de Gama, les Portugais, puis les Hollandais, les Anglais et les Français, découvrirent l'océan Indien, les Indes et l'Extrême-Orient.
Très vite, on tenta de récupérer les richesses englouties accessibles à l'homme (profondeur maximum 20 mètres).

 

En 1687, William Phips récupéra avec ses plongeurs nus indiens une partie des richesses de l'épave du galion "Nuestra Señora de la Concepcion", coulé en 1641 sur le Banc d'Argent, au nord de Saint-Domingue. Récupération de 26 tonnes de métaux précieux dont de nombreuses barres d'or et d'argent ainsi que 2 000 pièces d'or, une paire d'étriers en argent, diverses poteries et de la porcelaine.

 

En 1742, John Lethbridge, inventa une sorte de tonneau muni de petits hublots et dans lequel il s'engageait entièrement, ses bras passant par deux trous dont l'étanchéité était très relative.

Ainsi équipé, il fut descendu au bout d'une corde sur l'épave du "SIot Ter Hooge", un navire hollandais naufragé en 1724 à Madère. Récupération de près de 400 barres d'argent.

 

 

Entre 1917 et  1924, des scaphandriers à casque (les fameux "pieds lourds"), repêchèrent le plus gros trésor dans les flancs de l’épave du "Laurentic", un ancien paquebot de 15 000 tonnes, reconverti en cargo, coulé en 1917 par deux mines dans l’Atlantique. Cette récupération a battu les records toutes catégories : près de 43 tonnes d’or repêchées en 3 191 barres de 13,4 kg chacune, pour une valeur actuelle d’environ 600 millions de US dollars ; environ 180 000 US dollars en or récupérés en une seule journée ; plus de 99% du trésor récupéré. 

 

En 1932, des scaphandriers à casque,  à bord de l'"Artiglio", un vétuste rafiot italien reconverti dans la recherche de trésors engloutis, plongèrent dans les cales du cargo "Egypt", coulé en 1922 au large des côtes bretonnes. Récupération de 1 089 lingots d'or !

 

En 1941, les plongeurs d’une société australienne, la "United Salvage Company ", récupérèrent le trésor du « Niagara », paquebot mixte de 13 415 tonnes, coulé par deux mines, le 19 juin 1940, au large de la Nouvelle-Zélande. Le trésor était constitué de 8,5 tonnes de lingots d’or !

 

Au début des années 50, l'invention du scaphandre autonome lança l'homme dans l'espace sous-marin. Certains plongeurs découvrirent même des trésors par le plus grand des hasards.

 

En 1969, un touriste américain débarqua dans un hôtel de l'île de Grand Cayman, au sud de Cuba. Pour se distraire, il loua un masque, un tuba et des palmes et prospecta les petits fonds voisins. Dès sa première promenade sous-marine, il trouva, à moitié encastrée dans le corail et presque invisible, une superbe croix en or incrustée de diamants, puis, enfoui sous vingt centimètres de sable, un disque d'or de plus d'un kilo. Kip Wagner venait d'inaugurer, sans s'en rendre compte, une saga de découvertes retentissantes. Des fouilles menées ultérieurement établirent qu'il s'agissait d'éléments de la cargaison du "Santiago", un des navires envoyés par Hernan Cortés, en 1522, avec une partie du trésor aztèque.

 

Parmi les dernières découvertes retentissantes qui ont fait la une des journaux, on peut citer en particulier :

 

- 1976 : 3 millions €. Découverte, à Saint-Domingue, de l’épave du galion espagnol "Conde de Tolosa" coulé en 1724.

Récupération d’une cargaison de mercure, d’une centaine de diamants, d’un millier de perles rares, de verres allemands gravés et d'élégantes montres anglaises, de petits canons en bronze, d’argenterie, de porcelaines, de couverts en étain, de carafes, de bijoux personnels...

 

- 1978 : 10 millions €. Découverte, sur le Banc d’Argent, au nord de Saint-Domingue, de l'épave du galion espagnol "Nuestra Señora de Ia Concepcion" coulé en 1641.

Récupération d’une cargaison de plus de 60.000 pièces d'argent et d'or, de lingots d’or et d’argent, de plaques d'or destinées aux orfèvres, de chaînes d'or de plusieurs mètres, de porcelaines chinoises Ming, de trois astrolabes (dont l'un daté de 1632) et d’objets en ivoire…

 

 

- 1985 : 24 millions €.  Découverte, en Indonésie, de l'épave du navire hollandais de la VOC "Geldermalsen" coulé en 1752.

Récupération d’une cargaison de 160 000 pièces de porcelaine et de 127 lingots d’or chinois estampillés...

 

- 1985 : 130 millions €.  Découverte, en Floride, de l’épave du galion espagnol "Nuestra Señora de Atocha", coulé en 1622.

Récupération d’une cargaison de pièces d’or, de 50 kilos de barres d’or, de coupes en or, de 54 mètres de chaînes et colliers en or, de bagues en or serties d’émeraudes, de 60 kilos de pièces d’argent, de 18 barres d’argent, de plats en argent...

 

- 1986 : 800 millions €.  Découverte, aux Bahamas, de l’épave du galion espagnol "Nuestra Señora de las Maravillas", coulé en 1656.

Récupération d’une partie de la cargaison de barres d’or et pièces d’or, de lingots et pièces d’argent, 44 émeraudes (dont l'une d'elles pèse plus de 100 carats), de porcelaines chinoises Ming, d’objets d’art en or…

 

- 1989 : 12 millions €.  Découverte, au Vietnam, de l'épave de la jonque chinoise "Vung Tao" coulée vers 1690.

Récupération d’une cargaison de 28 000 porcelaines...

 

- 1992 : 5 millions €. Découverte, aux Philippines, de l'épave du galion espagnol "San Diego" coulé en 1600.

Récupération d’une cargaison de plus de 1 500 objets : 400 monnaies d'argent, des vaisselles d'argent en provenance de Mexico, des bijoux en or, de 1 200 pièces de porcelaine chinoises, un astrolabe, une boussole… Ce trésor a fait l'objet d'expositions à Paris, Madrid, New-York et Berlin.

 

- 1993 : 4 millions €. Découverte, en Malaisie, de l’épave du navire anglais "Diana" coulé en 1817.

Récupération d’une cargaison de 24 000 pièces de porcelaine.

 

- 1999 : 11 millions €.  Découverte, en Indonésie, de l'épave de la jonque chinoise "Tek Sing" coulée en 1822.

Récupération d’une cargaison de 350 000 pièces de porcelaine, des sextants, des montres de poche, des canons, des pièces de monnaie.

 

- 2004 : 400 millions €. Découverte, en Indonésie, de l'épave d'une jonque chinoise (non identifiée) coulée au 10e siècle.

Récupération d’une cargaison de 400 000 pièces de porcelaine et de pierres précieuses.

 

 

En fait, toutes ces découvertes récentes ne sont que la partie visible d'un énorme iceberg que nous commençons tout juste à découvrir.

 

 

Situation actuelle:

 

Depuis quelques années, la recherche d'épaves de navires s'est considérablement organisée et les découvertes se font aujourd'hui de plus en plus nombreuses.

 

Celles qui restent attendent encore leurs découvreurs...


Certes, cela prendra plusieurs décennies pour exploiter ce nouveau marché. Mais nous devons être conscients qu'avec les moyens modernes de détection et de récupération et le nombre croissant de groupes privés de recherche d'épaves, les zones les plus riches dans le monde vont rapidement être identifiées et exploitées.

 

Les "wreckers" modernes utilisent des moyens d'investigation et d'exploitation sous-marine ultra sophistiqués : magnétomètres à protons, sonars à balayage latéral, traitement des paramètres sur ordinateur, détecteurs de métaux ultra sensibles, investigation au moyen de petits robots filoguidés capables d'enregistrer sur écran les moindres détails du fond…
C'est grâce à l'un de ces engins, baptisé "Némo" et muni de bras avec pinces articulées que les 3 tonnes d'or du "Central America", coulé en 1857, ont pu être remontées en 1990 d'une profondeur de -1 600 m au large de la Caroline du Sud.

 

Le précieux patrimoine culturel que représentent tous les vestiges des épaves englouties est aujourd'hui menacé. Certains archéologues pensent qu'il ne sert à rien de se hâter de récupérer et de sauvegarder les vestiges engloutis reposant souvent depuis de nombreux siècles sous la mer et que l'on peut très bien attendre encore une ou plusieurs dizaines d'années. Cette attitude serait tout à fait justifiée s'il n'y avait le pillage croissant, la pollution et l'aménagement des ports.

 

Combien de pillages pourraient être évités si les plongeurs amateurs étaient mieux informés des conséquences qu'entraîne le grappillage effectué sur des épaves découvertes au hasard d'une plongée. Combien de vestiges importants pourraient également être sauvés des mains de découvreurs occasionnels si la législation (par ex. en France) était plus logique et surtout plus gratifiante.

Ce patrimoine sous-marin a été longtemps considéré comme perdu mais les récents progrès scientifiques en matière de plongée et de récupération nous permettent aujourd'hui non seulement de le localiser et le récupérer mais aussi de le traiter, le conserver et le mettre en valeur dans des musées et des expositions itinérantes, pour le profit et le plus grand plaisir de tous.

Le fait d'exposer et de mettre en valeur de façon attractive les objets divers qui peuplaient la vie des navigateurs disparus tragiquement est une façon de mieux faire comprendre à l'actuelle et aux futures générations l'existence qu'ils menaient à bord et, par là même, de leur rendre le dernier hommage qu'ils méritent.

 

 

 

Evolution de l'activité

 

L'Archéologie sous-marine se distingue de l'Archéologie subaquatique sur un certain nombre de points : tout d'abord par les conditions techniques d'intervention, ensuite par la différence des statuts juridiques entre les eaux intérieures et les eaux territoriales maritimes, enfin par la nature même des sites découverts.

 

L'Archéologie sous-marine s’est, tout d’abord, caractérisée comme une archéologie d'épaves de navires antiques :

1952 - L'épave du Grand Congloué - Marseille. J-Y Cousteau.
1950 - L'épave d'Albenga (Italie). Lamboglia.
1957 - L'épave du "Titan". Taillez. 1ère couverture photographique d'une épave à l'aide d'une mosaïque.
1958-59 - L'épave de Spargi (Sardaigne). Lamboglia. 1er carroyage. 1er relevé planimétrique d'une épave.
1960 - L'épave de l'âge du bronze du Cap Gelidonya (Turquie). G. Bass.
1961-62 - L'épave de la Chrétienne A. F. Dumas. 1er relevé d'une coque.
1961-64 - L'épave byzantine de Yassi Ada. G. Bass. Par 35 mètres de fond. 1ère fouille exhaustive conduite de façon méthodique.
Fin années 60 - L'épave Plannier III (Marseille). A. Tchernia. 1ère expérience française de stéréophotographie sous-marine.
1973-74 - L'épave de l'Anse Gerbal (Port Vendres). 1ère sortie de l'eau, après démontage, d'une coque antique en vue de sa reconstruction.
1972-82 - L'épave de la Madrague de Giens (Hyères). A. Tchernia & P. Pomey. Par 20 mètres de fond, étude de 6 000 amphores à vin.

Années 80 - La mer Méditerranée n'est plus le seul théâtre d'opérations ni l’Antiquité le seul objet d'étude. Les sites archéologiques sous-marins s'étendent à l’Atlantique comme à Ploumanac'h (épave antique) ou l'Aber Wrac'h (épave médiévale) ainsi qu'à l'Outre-Mer comme dans le canal de Mozambique (Campagne sur l'atoll de "Bassas da India" en 1987, dirigée par Erick Surcouf), Mayotte, La Réunion ou les Antilles. Les sites étudiés s'étalent sur diverses périodes comme celui de Villefranche (épave de la Renaissance), l'épave du "Dorothéa" ( 17e siècle), l'épave du "Prince de Conti" ( 18e siècle) ou l'épave de "l'Alabama" (19e siècle).

 

L'archéologie sous-marine est en complète mutation...

 

A ce jour, le nombre de spécialistes de la recherche archéologique sous-marine arrivant à obtenir des permis de concession de par le Monde est encore restreint.
Il est vrai qu'une concession obtenue pour une durée de 3, 4 ou 5 ans est un gage de réussite certain, la zone de concession étant protégée et les fouilles pouvant se dérouler en toute quiétude. Mais il est tout à fait imaginable que, d'ici une dizaine d'années (suite à la prise de conscience des hommes d'Etat et au développement des projets scientifiques), le nombre de sociétés de recherche obtenant des permis de concession s'accroisse de façon importante.

L'archéologie sous-marine privée, dont on parle de plus en plus, est en train de devenir une industrie à part entière...

 

Tout en conservant ses aspects scientifique, historique et culturel, l'archéologie sous-marine privée est en train d'émerger rapidement comme une activité économique respectable et admirée, pouvant dégager d'importants profits.
Il est, toutefois, évident que ce marché est d'autant plus attractif qu'il est limité.
Les progrès scientifiques en électronique, détection et équipement de plongée nous permettent aujourd'hui de réduire considérablement le facteur chance et le coût de localisation au kilomètre carré.

 

Les entreprises qui réussiront dans ce domaine sont celles qui sauront combiner les facteurs-clés suivants :
- une stratégie industrielle (commerciale et financière) basée sur le long terme.
- une rigueur scientifique : utilisation de matériels spécifiques et emploi de vrais professionnels, ne laissant jamais la place au hasard.
- un respect des sites.
- une obligation de parution (publications académiques et populaires).
- une valorisation et exposition des vestiges récupérés.
- une éthique sans faille : respect des obligations des pays d'accueil (lors de travaux en eaux territoriales), contrôle rigoureux de l'intégrité, de la probité et de l'honnêteté de ses dirigeants et employés.
- une gestion rigoureuse et une comptabilité des coûts et investissements.

 

 

Organismes de formation

 

Université d’Aix Marseille I qui prépare à la Licence Maritime, MST, DEA et DESS d’Histoire de l’Art et d’Archéologie.
+ DESS méthodes scientifiques et techniques en archéologie.
+ DESS métiers de l’archéologie.
Ecole du Louvre : 34, quai du Louvre – 75041 - Paris cedex 02. Tél : 01 40 20 56 14.
Formation à l’archéologie en 3 à 7 ans à partir du niveau Bac.
Ecole Nationale du Patrimoine : 117, bd St Germain – 75006 - Paris. Tél : 01 44 41 16 42.
Recrute sur concours externe et interne les Conservateurs du Patrimoine qui exercent dans les différents services du Ministère de la Culture ou des Affaires Etrangères.
+ Certificat d’aptitude à l’hyperbarie (scaphandrier professionnel Classe 1 B).

 

 

Perspectives d'avenir

 

Ce métier, bien que n’étant pas porteur d’emploi dans le cadre de l’archéologie d’Etat (voir position du DRASSM) a des perspectives d’avenir très intéressantes dans le cadre de l’archéologie sous-marine privée.
Il y a seulement quelques années, seule une élite de gens richissimes parvenait à investir dans cette activité. Aujourd’hui, tout le monde peut y participer, en fonction de ses moyens. Nos projets s’effectuent dans le respect des recommandations de l’UNESCO qui préconise que tout pays peut exercer un droit de préemption sur les vestiges de nature historique ou archéologique ayant une valeur unique pour son patrimoine.
Par rapport à la maigreur des budgets de fonctionnement des organismes d’Etat, l’archéologie sous-marine privée permet d’atteindre des salaires de haut niveau.